YNL – Detroit’s Finest [2014]


YNL – Detroit’s Finest [2014]…Sonny & Nailz sont deux jeunes rappeurs parfaitement inscrits dans leur époque qui ont compris l’importance d’occuper le terrain numérique afin de se faire une place dans la jungle hip hop. Ainsi ils inondent les auditeurs de mixtapes au contenu plus ou moins abouti, montrant ainsi leur progression vers des productions plus personnelles…avec cet album commun sous le nom de YNL, le duo mélange de nombreuses influences et entraîne l’auditeur dans un tourbillon musical assez jouissif. Piochant aussi bien dans le funk tardif (The Gap Band avec « Outstanding ») ou le rap old school et dépouillé de Slick Rick (« Sonny’s Story ») que dans la house music trépidante et pointue de leur ville natale de Detroit, l’album (produit en partie par leurs soins) se rapproche de la booty bass de Miami pour son côté débridé et festif ainsi que des productions de la scène contemporaine (l’influence trap n’est jamais bien loin) tout en gardant un feeling très 80’s fort agréable. Le résultat est assez surprenant grâce a cette alliance d’exigence musicale très référencée et de fraîcheur juvénile fort bien maîtrisée…un disque à écouter donc, au moins par curiosité…

https://sonny313.bandcamp.com/album/ynl

Ryu – The One [2016]


Ryu – The One [2016]…issu du groupe californien Styles Of Beyond, auteur d’un retour réussi en 2012 (le très bon album « Reseda Beach, déjà chroniqué ici) après avoir secoué l’underground avec leur classique « 2000 Fold » en 1998, et partie prenante du super groupe Demigodz (avec Apathy, Celph Titled et Esoteric notamment), Ryu propose aujourd’hui un disque entièrement produit par le old timer Divine Styler, légende du rap californien, révéré par ses pairs mais inconnu du grand public…une fois de plus Ryu nous propose une œuvre assez équilibrée et cohérente où une certaine légèreté dans les samples utilisés côtoie des beats plus appuyés (comme dans ce « One » strident) accompagnant le flow toujours irréprochable du MC, rendant l’ensemble agréable aux oreilles de tous les b-boys, des plus intransigeants aux plus dilettantes…une vraie bonne surprise!

http://demigodzstore.bigcartel.com/

Sonnyjim – Al Jazeera [2016]


Sonnyjim – Al Jazeera (ft. Heems) [2016]…originaire de Birmingham, ce MC au flow lancinant, sorte de mix entre B-Real et Roc Marciano, produit en partie et avec talent les sons sur lesquels il pose. Les acteurs les plus doués de la scène rap underground ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisque Heems (du regretté groupe Das Racist) ainsi que l’excellent Westside Gunn, ajoutent leurs couplets à ceux du MC anglais. Dans un style faisant la part belle aux beats ouatés évoquant un certain spleen « so british », concoctés à base de samples soul/funk et psyché 60’s triturés, l’album « Mud In My Malbeck », rempli de ritournelles jazzy au feeling très « Blaxploitation », est une réussite de bout en bout qui rappelle les meilleures prods de The Alchemist…

https://daupe.bandcamp.com/album/mud-in-my-malbec

Killason – Shine [2016]


Killason – Shine [2016]…ce jeune français rappant en langue anglaise pourrait être un croisement entre Pharrell, pour la versatilité des talents (il s’occupe aussi bien de chorégraphie, de design que de production musicale), et Danny Brown, pour le flow halluciné et les beats passant d’un univers dancefloor (cf. ce « Shine » au beat étrange et sautillant) à des ambiances plus sombres (« The Rize », « Black Crook ») flirtant parfois avec le Dubstep (« Hoddest in my Town »). Killason est en soi un petit évènement dans la très conservatrice scène rap hexagonale puisque la réussite artistique de son premier mini-album prouve que, même en France, les chapelles musicales peuvent être réunies avec talent sans pour autant tomber dans la mélasse formatée…

https://killason.com/

Junior Rap Videos


Junior Rap Videos…grâce au succès commercial du genre à la fin des 80’s, la production rap explose outre-Atlantique dans la première moitié de la décennie. Afin d’avoir une exposition plus importante au milieu de cette jungle rapologique, ou le meilleur côtoie parfois le médiocre, les labels et maisons de disques tentent par tous les moyens de se distinguer en proposant des sorties qui toucheront un public le plus vaste possible. Ainsi, et en partie pour rendre le rap moins sulfureux et accessible à toute une jeunesse contrainte par la censure (le fameux sticker « Parental Advisory » interdisant la vente aux mineurs des disques qui le portaient), une vague d’adolescents rappeurs déferle sur le monde du hip hop, avec plus ou moins de talent et de réussite.
Pour mieux appréhender ce phénomène, il nous faut distinguer plusieurs caractéristiques de ces groupes et ne pas confondre véritable démarche artistique et simple coup marketing orchestré par des producteurs aux dents longues…
Dans la playlist proposée ici, il ne faut donc pas confondre des groupes comme Da Youngsta’s, bien implantés dans la culture hip hop (Lawrence « LG » Goodman, producteur reconnu de la scène de Philadelphie est le père de deux membres du trio), auteurs de leurs propres lyrics et de certains beats (aidés en cela par la crème des producteurs, The Beatnuts, Marley Marl ou Pete Rock en tête, sur leur excellent deuxième album « The Aftermath ») et le duo Kris Kross qui mise plutôt sur des productions « pop » et un marketing très étudié (les fringues XXL portées à l’envers dans leurs clips feront des ravages dans les cours d’école de l’époque) et qui remportera un succès planétaire grâce au talent aussi bien musical que commercial de Jermaine Dupri.
De même, impossible de mettre dans le même sac, un groupe comme Quo, duo multi-racial au look très étudié qui, malgré la présence d’Erick Sermon, Redman, DJ Battlecat ou Teddy Riley à la prod, n’ont proposé qu’un seul album où la volonté de truster les premières places des charts avec des morceaux passe-partout était évidente, et Illegal, duo de jeunes MC’s dont les flows tranchants mettaient à l’amende pas mal de leurs aînés (cf. le featuring de Lil’ Malik avec Warren G sur le premier album de celui-ci où le californien se fait sans conteste voler la vedette) sur des productions hardcores distillées notamment par le DITC.
D’autres peuvent également être classés dans cette catégorie des MC’s en herbe à l’assurance microphonique déconcertante. Certains crews phares de la scène hip hop des 90’s ne s’y sont d’ailleurs pas trompé puisqu’ils ont intégré certains de ces rookies à leur écurie. Ainsi Shyheim, Chi Ali ou encore The Whooliganz (duo dans lequel le génial beatmaker Alchemist s’essaye alors pour la première fois à la scansion rappée) seront parrainés par des beatmakers de talent et seront associés à leur posse, respectivement le Wu-Tang Clan, les Native Tongues et les Soul Assassins, conjuguant alors coup marketing  et réussite musicale.
Répondant au célèbre adage « la valeur n’attend pas le nombre des années », l’émergence de tous ces groupes montre la vitalité de cette scène rap des 90’s qui n’hésite pas à lancer dans le grand bain (avec une volonté commerciale plus ou moins assumée) des MC’s au potentiel énorme malgré leur inexpérience. Pourtant, on constate que ces « parachutages » n’ont pas eu de réelle pérennité puisque la plupart de ces artistes n’ont que rarement réussi une carrière florissante, broyés par une industrie de l’entertainment qui les considérait souvent comme des produits. Seuls les Da Youngsta’s proposeront plusieurs albums de qualité alors que le gâchis des carrières de Illegal ou Chi Ali (qui disparaîtront de la circulation assez rapidement malgré une maîtrise rapologique assez folle pour leur jeune âge) et la descente aux enfers d’un Shyheim qui perdit la fraîcheur de son premier album aussi vite qu’il vieillissait, désolent encore les b-boys les plus assidus…et pendant ce temps-là, en France, le public avait la joie de subir les jérémiades d’un Jordy…le décalage qualitatif entre musique pop US et « variété » européenne ne semble pas avoir tellement bougé depuis…

Ron Jon Bovi – We Get It Poppin’ [2016]


Ron Jon Bovi – We Get It Poppin’ (ft. Guilty Simpson) [2016]…éminents représentants de deux des pôles les plus importants du rap américain, Casual et Phat Kat, l’un issu du crew californien Hieroglyphics et l’autre, proche collaborateur de J-Dilla à Detroit, mettent aujourd’hui leur savoir-faire en commun…ainsi, sous la direction musicale et artistique du beatmaker Unjust, ils conçoivent un projet très réussi sous le nom improbable de Ron Jon Bovi…dans un disque au titre lui aussi étrange (« Neaux Mursi »), le duo varie entre deux ambiances propres à leur style de prédilection. Ainsi, certains titres (« WWYS », « Deja Vu »…) proposent une ambiance posée chère à une certaine scène d’Oakland tandis que d’autres (à l’image du titre présenté ici qui invite Guilty Simpson, comme un lien supplémentaire entre les deux MC’s en tant que natif de Détroit et signataire sur le pointu label californien Stone Throw) sont plus proches du son abrasif pratiqué dans la Motor City…la réussite de ce projet tient dans cet équilibre instable entre les deux facettes du duo, comme si une certaine schizophrénie musicale se laissait amadouer afin de nous plonger dans des sonorités certes peu faciles d’accès parfois mais équilibrées par de subtils détails sonores ne se laissant apprécier qu’au fil des écoutes…

Halfcut – Gone [2014]


Halfcut – Gone [2014]…troisième album (« From Dungeons to Rooftops ») en forme de compilations d’anciens titres et de freestyles pour ce MC canadien originaire de Calgary…dans un ensemble aux bases hip hop assez classiques ce rappeur au flow sans fioritures nous propose des sons rappelant d’une part les productions soyeuses de Pete Rock mais aussi celles de ses voisins de Seattle, faites de refrain chantonnés, comme dans ce titre à la douce mélancolie…

https://halfcut.bandcamp.com/album/from-dungeons-to-rooftops

Ruste Juxx – Universal Sean [2016]


Ruste Juxx – Universal Sean [2016]…deuxième projet collaboratif entre le MC de Brooklyn et l’excellent beatmaker français Kyo Itachi, l’album « Meteorite » propose une douzaine de morceaux où l’influence du rap des 90’s se fait fortement sentir…après un premier essai un brin monolithique (« Hardbodie Hip Hop » sorti en 2012), ce disque semble compiler toutes les tendances de cette époque pour en proposer une interprétation contemporaine…ainsi les titres oscillent entre des productions austères à la DJ Premier (« Water on Mars » avec sa mélodie rappelant les samples de Bob James utilisés par Primo ou ce « Cosmic Dust » et son carillon entêtant) et des compostions plus fouillées proches d’un certain rap indé du milieu des 90’s (« Constellation », « Astronaut »)…pour compléter cet ensemble aux rythmiques qui claquent, Kyo Itachi offre au flow acéré de son compère des prods plus classiques et mélancoliques comme dans ce titre hommage au regretté Sean Price, une des figures emblématiques du Brooklyn Hip Hop…encore un coup de maître pour Kyo Itachi et son label Shinigamie Records!

https://shinigamierecords.bandcamp.com/album/meteorite