Archives du mot-clé Soulful Rap

Duckwrth – Bernal Heights [2016]


Duckwrth – Bernal Heights [2016]…ce morceau, uniquement disponible sur le soundcloud de ce jeune MC californien, est découpé en 3 mouvements comme pour mieux démontrer toute la versatilité de Duckwrth et raconter les pérégrinations d’un jeune noir dans les beaux quartiers de Los Angeles…il utilise tout d’abord un beat rappelant les titres les plus relax de The Pharcyde, puis un sample bien connu (en l’occurrence « Dove » par Cymande, déjà présent sur le classique « The Score » des Fugees par exemple) pour un boom bap hypnotique et tendu, et termine par une production plus moderne et éthérée.

Les différences facettes du rappeur sont donc toutes représentées ici, lui qui est capable d’adopter un flow chantonné, sur le très bon album « I’m Uugly » (2016), pouvant faire penser à la nonchalance enjôleuse de Prince (s’il était né avec la génération hip hop) :

ou bien encore d’utiliser des beats proches de l’euro-dance, pour un résultat sautillant et plein de fraîcheur :

mais aussi de poser sur des productions plus « mécaniques » dans un surprenant album commun avec les rockeurs de The Kickdrums, sorti en 2015 :

L’aisance assez folle avec laquelle il passe d’un style à l’autre prouve que Duckwrth est avant tout un excellent MC. De plus, sa progression d’un rap assez convenu sur ses premières mixtapes à des sons de plus en plus pointus, ainsi qu’une certaine profondeur dans les thèmes choisis (abordant des sujets légers et intimes aussi bien que des considérations sociales bien affirmées) laissent penser que Duckwrth n’a pas fini de nous de nous abreuver en musique de qualité, et c’est tant mieux!

DUCKWRTH.com

Halfcut – Gone [2014]


Halfcut – Gone [2014]…troisième album (« From Dungeons to Rooftops ») en forme de compilations d’anciens titres et de freestyles pour ce MC canadien originaire de Calgary…dans un ensemble aux bases hip hop assez classiques ce rappeur au flow sans fioritures nous propose des sons rappelant d’une part les productions soyeuses de Pete Rock mais aussi celles de ses voisins de Seattle, faites de refrain chantonnés, comme dans ce titre à la douce mélancolie…

https://halfcut.bandcamp.com/album/from-dungeons-to-rooftops

Illa J – Universe [2015]


Illa J – Universe [2015]…après un premier album très réussi (« Yancey Boys » en 2008) où les prods étaient assurées, à titre posthume, par J-Dilla son regretté frangin, Illa J propose un deuxième album éponyme tout aussi inspiré… le duo venu de Montréal, les Potatohead People (Nick Wisdom & AstroLogical), produit entièrement ce disque relax où l’influence du plus connu de la famille Yancey reste encore très présente…ainsi les accords de piano rythmiques de « Cannonball » ou la basse pneumatique de « All Good pt 2 », « Never Left » et « Perfect Game » n’auraient sûrement pas été boudés par Dilla, notamment dans ses premières prods pour Slum Village…mais une autre influence semble se faire jour dans le travail d’Illa J, celle du toujours excellent Moka Only (Canadien extrêmement prolifique et compagnon de route des Swollen Members)…celui-ci, en featuring sur 4 des 11 titres de l’album, apporte son goût pour les beats aiguisés mais tout en finesse (« Who Got It »), les ambiances évanescentes (« She Burnt My Art ») et les sonorités étranges (« All I Need »)…pourtant, contrairement à son premier opus, Illa J élargit ici son horizon musical en s’éloignant quelque peu du rap le plus pur…en effet, il pose parfois son flow sans heurts sur des beats au feeling très électro 80’s (« Strippers », « French Kiss ») avec des arrangements vintage parfaitement agencés pour ensuite aller lorgner vers le funk le plus dansant (cet entraînant « Universe » aux sonorités très jacksoniennes) voire même du côté de la house music chère à sa patrie de Detroit qu’il amène vers une vibe lounge qui lui sied parfaitement (« Sunflower »)…en résumé Illa J livre un album tout à fait recommandable dans lequel il alterne avec une aisance déconcertante et sans démonstration excessive, scansion rap et ligne de chant soyeuses pour mieux entraîner l’auditeur dans un chaleureux tourbillon d’émotions et de sons hautement addictifs et délicats…une des grosses claques de cette fin d’année!

https://illa-j.bandcamp.com/album/illa-j

Soulchef – Renegade Soldier [2013]


Soulchef (ft. Noah King) – Renegade Soldier [2013]…sur l’album « Food For Thought » ce beatmaker néo-zélandais laisse tomber les disques purement instrumentaux et s’entoure de toute une nouvelle génération de rappeurs indés (Awon, Gabriel Teodros, Ed Rowe…) pour leur offrir des beats jazzy où l’influence du boom bap des nineties se fait fortement sentir…sur ce titre par exemple, la rythmique affûtée associée à un xylophone lancinant rappelle les meilleures heures du DITC, la rugosité new-yorkaise en moins…

http://soulchefmusic.bandcamp.com/

Bahamadia – Kollage [1996]

TRACKLIST : (prod. DJ Premier & Guru, *prod. Da Beatminerz)
1- Intro
2- WordPlay
3- Spontaneity*
4- Rugged Ruff
5- Interlude
6- I Confess (prod. NO Joe)
7- UKNOWHOWWEDU (prod. Ski)
8- Interlude*
9- Total Wreck
10- Innovation*
11- Da Jawn (prod. The Roots)
12- Interlude*
13- True Honey Buns
14- 3 Tha Hard Way
15- Biggest Part Of Me (prod. NO Joe)

Dans le monde éminemment machiste du hip hop, il fallait des qualités rapologiques remarquables et reconnues pour être bien entourée, musicalement parlant. De même, réaliser un classique du genre dès son premier opus n’est pas donné à tout le monde et la native de Philadelphie semble gérer cette situation avec une nonchalance lucide.
Jusque-là, la présence de femmes dans les différentes écuries hip hop n’était bien souvent acceptée que pour toucher un public plus large et ne mettait que rarement en lumière les éventuels talents rapologiques des protagonistes. Pourtant, petit à petit, certaines sortent leur épingle du jeu à l’image de Queen Latifah qui construisit solidement son crew (Flavor Unit) grâce à sa forte personnalité et le conduisit vers le succès. Mais cet exemple de réussite reste assez rare et met en lumière la difficulté pour la gent féminine de se faire accepter par une communauté hip hop friande de filles écervelées et peu farouches. L’intelligence déployée par celles qui écrivent des rimes n’étant pas toujours du goût de certains mâles aux réactions néandertaliennes, le cercle des femmes MC’s reste toujours aussi exigu de nos jours.
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Goodie Mob – Soul Food [1995]

TRACKLIST : (prod. Organized Noize)
1- Free
2- Thought Process
3- Red Dog (skit)
4- Dirty South (ft. Big Boi)
5- Cell Therapy
6- Sesame Street
7- Guess Who
8- Serenity Prayer (skit)
9- Fighting (co-prod. Mixso)
10- Blood (skit)
11- Live At The OMNI
12- Goodie Bag
13- Soul Food
14- Funeral (skit)
15- I Didn’t Ask To Come
16- Rico (skit)
17- The Coming
18- Cee Lo (skit)
19- The Day After

Lorsque Big Gipp, T-Mo, Khujo et Cee-Lo, les quatre MC’s de Goodie Mob (acronyme de Good Die Mostly Over Bullshit, « les bons crèvent souvent pour des conneries »), sortent leur premier album « Soul Food » en 1995, ils n’ont certainement pas conscience de son retentissement futur au sein de l’industrie musicale.
Ce disque est en premier lieu la confirmation du talent de la team Organized Noize qui innove dans la production hip hop depuis le premier album d’Outkast (« Southernplayalisticadillacmuzik », sur lequel les membres de Goodie Mob se distinguent déjà) en proposant des sons originaux faits d’arrangements live rappelant la soul 70’s du label Stax, et d’un funk gras parsemé de bruits étranges donnant à l’ensemble une structure décalée. Continuer la lecture de Goodie Mob – Soul Food [1995] 

Class Of 93 – Sesame Street [2011]

Class Of 93 – Sesame Street [2011]…ce jeune duo canadien est composé de Mega, un beatmaker qui travaille la concision plutôt que les arrangements luxuriants, et d’une rappeuse, Kzaraw…en deux albums ils développent des sonorités certes peu révolutionnaires mais empreintes d’un classicisme hip hop sans prétention et parfaitement assimilé…

http://classof93.bandcamp.com/album/class-of-93

The Pharcyde – Labcabincalifornia [1995]

TRACKLIST :
1- Bullshit (prod. Jay Dee)
2- Pharcyde (prod. Bootie Brown)
3- Groupie Therapy (prod. Diamond D)
4- Runnin’ (prod. Jay Dee)
5- She Said (prod. Slim Kid)
6- Splattitorium (prod. Jay Dee)
7- Sometin’ That Means Somethin’ (prod. Jay Dee)
8- All Live (skit)
9- Drop (prod. Jay Dee)
10- Hey You (prod. Slim Kid)
11- Y? (prod. Bootie Brown/Jay Dee)
12- It’s All Good! (skit)
13- Moment In Time (prod. M-Walk/Slim Kid)
14- The Hustle (ft. Big Boy/Schmooche Cat & Randy Mack) (prod. Bootie Brown)
15- Devil Music (prod. Fat Lip)
16- The E.N.D. (prod.M-Walk)

Le parcours de The Pharcyde semble aussi fluide que les flows du quatuor et commence dans le quartier de South Central, surtout connu pour ses gangs ultra -violents et son gangsta rap aux textes crus et teinté de funk.
Bootie Brown, Imani et Slim Kid sont alors danseurs et forment le groupe Two For Two qui apparaît notamment dans le populaire show télé « In Living Color ». Grâce à cette exposition médiatique, ils intègrent un programme de développement artistique pour les jeunes en difficulté dans lequel ils rencontrent Fat Lip et leur futur producteur, J-Swift. Ils écument alors les scènes ouvertes où ils élaborent leur style spontané, vite apprécié et souvent copié (comme ils l’évoquent dans « Bullshit », « Drop » ou « Pharcyde »). Après le remarqué « Soul Flower » sur le projet rap des Brand New Heavies, c’est la consécration en 1992 avec « Ya Mama » et surtout  l’intemporel « Passin’ Me By », extraits de leur premier album « Bizarre Ride 2 The Pharcyde » qui atteint le million d’exemplaires vendus aujourd’hui. En l’espace de quelques années, d’un obscur groupe de danseurs à peine visibles derrière des artistes confirmés, The Pharcyde est devenu le fer de lance d’une scène californienne dont les influences sont plus à chercher chez les Native Tongues que chez NWA. Continuer la lecture de The Pharcyde – Labcabincalifornia [1995] 

Digable Planets – Blowout Comb [1994]

TRACKLIST : (prod. Digable Planets)
1- The May 4th Movement
2- Black Ego
3- Dog It
4- Jettin’
5- Borough Check (ft. Guru)
6- Highing fly
7- Dial 7 (Axioms of Creamy Spies)
8- The Art of Easing
9- KB’s Alley
10- Graffiti (ft. Jeru The Damaja)
11- Blowing Down
12- 9th Wonder
13- For Corners

Le jazz-rap (Acid-Jazz pour les Britanniques) fit couler beaucoup d’encre au début des 90’s et hurler aussi bien les adeptes du hip hop que ceux du jazz. A l’époque, dans un souci de catégoriser (ghettoiser diront certains) le rap et de le rendre moins « effrayant », les médias mirent en avant l’une de ses composantes essentielles, à savoir le sampling de standards jazz par des producteurs tels que DJ Premier ou Pete Rock. Pour cela  fut créé de toutes pièces un genre nouveau, soutenu par des labels jazz comme Blue Note, plus accessible pour un public étranger aux considérations racailleuses ou revendicatrices des rappeurs afro-américains. De plus, et sans savoir réellement si cette étiquette nouvelle en est responsable ou si les groupes avaient déjà cette configuration, des musiciens live firent leur apparition aux côtés de certains rappeurs, que ce soit en studio ou sur scène. Continuer la lecture de Digable Planets – Blowout Comb [1994]