Tous les articles par Namor

Cenza – Ma Gueule [2019]

Cenza – Ma gueule [2019]…MC « tout droit sorti de Montreuil » comme l’indique le titre de ce nouvel opus, Cenza adopte un son en tous points conforme aux codes du rap californien des années 90. Après avoir investi des productions lugubres influencées par le rap new-yorkais avec son groupe l’Uzine, le rappeur se créé à nouveau un univers sans concession peuplé de lowriders rutilants et de flows sautillants portés par des prods aux basses pneumatiques et claviers stridents propres au g-funk. Mais réduire cet album à un enchaînement de sons ensoleillés serait bien mal connaître notre homme, aidé aux manettes par Beubtwo, Cenza n’oublie pas le côté sombre du Gangsta Rap, en parsemant la tracklist de titres plus inquiétants et dépouillés où le ton séditieux du bonhomme fait merveille (cf. le titre « Assassin de l’Etat »). Ce projet tout à fait inattendu quand on connaît le style développé par son groupe est une vraie réussite et une énorme claque à écouter d’urgence!

https://luzine.bandcamp.com/album/tout-droit-sorti-de-montreuil

Defenders of Style – Idle Eyes [2018]

Defenders of Style – Idle Eyes [2018]…Originaire de Leeds (UK), ce groupe constitué des MC’s Joe Snow, Prys et Jack Danz (également beatmaker) propose dans l’album « Upper Echelon » des compositions au minimalisme plus affirmé que dans leurs précédents projets. Voyageant sur des beats faits de basses vaporeuse et de sons étranges et hypnotiques, les flows se font plus décontractés tout en étant bien mieux maîtrisés, faisant ainsi du disque une jolie réussite qui ravira les amateurs de ces ambiances comateuses caractéristiques du rap britannique contemporain…

https://defendersofstyle.bandcamp.com/album/upper-echelon

Ragga Rap Mix

Ragga Rap Mix : les racines jamaïcaines du mouvement hip hop ne sont plus à démontrer lorsqu’on se rappelle que les block parties new yorkaises de la fin des 70’s sont en grande partie une transposition au contexte urbain américain de ces sound systems installés dans des camionnettes parcourant l’île à la recherche d’un public à faire danser. Une fois cette culture importée chez l’Oncle Sam (par le mythique DJ Kool Herc notamment), le DJ devient MC et le selector prend alors le nom de DJ dans un renversement linguistique qui sera bientôt la norme. Pourtant, la séparation entre reggae et rap ne sera pas toujours aussi nette et certains, en particulier dans le quartier de Brooklyn où l’on trouve une forte communauté jamaïcaine ainsi que sur la côte Ouest où les gangsta rappers se sont parfois emparés de ce genre sans concession pour pimenter leurs compositions, se souviendront des origines et laisseront libre cours à leur goût pour ces rythmiques « exotiques ».
Cette playlist tente ainsi de rendre compte d’un moment dans l’histoire du rap où la frontière entre les deux genres s’est faite plus poreuse, sous l’impulsion de beatmakers reconnus (DJ Premier au sein de son D&D Studio ou bien KRS-One, influencé par ce style depuis ses débuts) ou par la collaboration ponctuelle de toasters venus épauler les rappeurs sur un boom bap strict donnant ainsi plus d’exposition au style raggamuffin (sorte de reggae dancehall « politisé », au débit proche du rap, et très présent aux balbutiements de la culture hip hop en France).

TRACKLIST :
1 – Whitey Don – Artical (ft. Phife Dawg & Chip Fu) (prod. Nigga Nilez) [1996]
2 – Night Dwellers – Rude Boy (prod. O.E.) [1995]
3 – Shabba Ranks – Freestyle (Biggie beat) (prod. Nashiem Myrick/Doo Wop) [1995]
4 – Da Bush Babees – Ruff ‘n rugged (prod. Nikke Nikole) [1994]
5 – Da Nayborhoodz – Illa than expected (prod. Pro Jay) [1995]
6 – Kali Ranks – Kill dem all (prod. Pomeroy/Massop) [1995]
7 – Bearback – Can’t hold us down (Yard Boy mix) (prod. Babigezus) [1996]
8 – Tim Dog – Make way for the Indian (ft. Apache Indian) (prod. Adrian Pack) [1995]
9 – Mad Lion – Take it easy (prod. KRS-One) [1995]
10 – Don Jagwarr – Who do you fear? (prod. Brian G) [1994]

Hit Squad videos

Hit Squad videos : le duo EPMD (Erick Sermon & Parrish Smith Making Dollars), éminent représentant du rap de Long Island, est l’un des grands artisans du renouveau rap à la fin des années 80. En effet, l’influence de leurs deux premiers albums est énorme grâce à ce son si particulier, fait d’un funk gras et décharné construit autour de nombreux samples rappelant ainsi le travail du Bomb Squad avec Public Enemy et portant des flows monolithiques proches de ce que Rakim popularise quelques temps auparavant.
A partir de 1990, l’entreprise tend à se développer et le groupe introduit de nouveaux MC’s dans ses projets, à commencer par le tout jeune Redman, présent sur deux titres de « Business as Usual » [90], mais produit aussi le rappeur K-Solo, dont le flow tout en agressivité fait merveille aussi bien dans l’ego-trip que dans les propos plus conscients.
Petit à petit le crew s’étoffe avec l’arrivée du groupe Das Efx, découvert dans un concours étudiant pour apprentis rappeurs, qui dynamite le rap de l’époque avec leurs raps sautillants et leurs productions funky (les seules du crew à ne pas être assurées par EPMD mais par Solid Scheme).
En 1993, suite à des différends financiers, la séparation temporaire d’EPMD disloque le posse. Ainsi Das Efx et, dans une moindre mesure K-Solo, suivent Parrish Smith tandis que Sermon embarque Redman, bientôt rejoint par l’instable Keith Murray, pour former le Def Squad.
Chacun multiplie alors les projets solos (avec un succès tout relatif pour Parrish) et les productions pour d’autres rappeurs, avant qu’une reformation ne voie le jour en 1997 avec le très honorable « Back in Business » qui montre que le Hit Squad aurait pu être encore plus influent si ses mentors avaient réussi à mettre de côté leur obsession pour le business  (surtout celle de Parrish semblerait-il).
La mayonnaise ne prendra pas une deuxième fois et le posse tombe dans l’oubli. Das Efx, après un excellent premier album, perd peu à peu ce qui faisait son originalité pour pratiquer un rap moins original. K-Solo, malgré des qualités rapologiques évidentes, ne fait plus que de rares apparitions sur les albums de Redman et Parrish (PMD), distrait par des ennuis judiciaires et des embrouilles avec le reste du crew, Keith Murray notamment. Celui-ci sera d’ailleurs régulièrement au centre de conflits avec le reste de ses camarades et plombera totalement sa carrière suite à des séjours pénitentiaires répétés. Erick Sermon gardera son aura de producteur surdoué jusqu’à la fin des années 90, avant de lui aussi décliner, pour proposer des beats souvent fatigués, bien loin des standards d’exigence de ses précédentes productions.
Malgré sa fin peu glorieuse, il ne faut pas oublier que pendant une dizaine d’années le Hit Squad aura offert au public des albums d’une qualité au-dessus du lot qui paraissent toujours aussi frais aujourd’hui, et auxquels cette playlist de videos (la plus exhaustive possible) produites entre 1988 et 1997, tente de rendre hommage…

ALBUMS A ECOUTER : EPMD – Strictly Business [88], Business Never Personnal [92]/DAS EFX – Dead Serious [92]/REDMAN – Whut? Thee Album [92]/KEITH MURRAY – Enigma [96]

Princess Nokia – Tomboy [2017]


Princess Nokia – Tomboy [2017]…à l’occasion de la sortie du nouveau projet de la jeune rappeuse new-yorkaise (en écoute ici), dans lequel elle explore différents genres musicaux et laisse libre cours à sa fantaisie musicale (et ne rappe quasiment pas), il est bon de rappeler qu’elle est aussi capable de coller au rap le plus exigeant. Ainsi, en 2017, elle proposait un album (« 1992 ») dans lequel elle développe avec talent un style tout à fait personnel fait d’un flow polymorphe s’adaptant aussi bien à des beats boom bap qu’à des sons plus modernes. Dans ces derniers, les véritables réussites de l’album (cf. ce « Tomboy » à la rythmique saccadée), la rappeuse promène son timbre de voix nonchalant et son débit sautillant sur des arrangements aux mélodies toutes simples mais agencées avec soin inspirées de la house music la plus planante ainsi que de la trap la plus trépidante (avec parfois un feeling old school et dansant tout à fait bienvenu). Princess Nokia prouve qu’on peut s’essayer à toutes les audaces stylistiques sans perdre sa cohérence (ou l’intérêt du public lassé des productions grandiloquentes et fades) et qu’elle est une des artistes  avec laquelle il va falloir compter à l’avenir…

Babylon Dead – ACAB [2017]


Babylon Dead – ACAB [2017]…ce duo constitué de l’excellent toaster Jman et du beatmaker Illinformed propose des productions qui collent parfaitement à la couleur musicale baignant une grande partie de la scène rap anglaise contemporaine. L’album « 2000 BD » est ainsi constitué d’arrangements boom bap sans concession du meilleur effet, tantôt uptempo pour une vibe ragga à son paroxysme, tantôt faits d’une matière plus sombre et cotonneuse chère à la fine fleur du hip hop made in UK (Leaf Dog et BVA en tête, qui ont signé le groupe sur leur label, mais aussi Verb-T, Fliptrix ou Lee Scott) et rappelant que l’alliance entre rap underground et ragga endiablé peut être tout à fait judicieuse lorsqu’elle est bien exécutée..

https://rldrecords.bandcamp.com/album/2000-bd

Problem – Rosecrans [2017]

Problem – Rosecrans [2017]…s’il est une chose qu’on peut affirmer à propos de ce talentueux jeune MC venu de Compton, quartier de Los Angeles bien connu des amateurs de g-funk, c’est qu’il sait s’entourer! Entièrement produit par le vétéran DJ Quik, « Rosecrans » (version augmentée d’un précédent EP concocté par la même équipe) invite le old timer MC Eiht mais aussi The Game (qui pose sur ce morceau éponyme à la suavité rafraîchissante) ou Wiz Khalifa. Ce funk vintage particulièrement prisé par Quik avec ses basses rondes et ses claviers envoûtants sait aussi faire place à des instrus plus modernes et grandiloquentes pour un ensemble où pointe une certaine mélancolie mais qui montre surtout l’étendue du talent de DJ Quik, toujours au top de la production californienne et capable de s’adapter sans faillir aux MC’s de la nouvelle génération…

Ocean Wisdom – Revvin’ [2018]

Ocean Wisdom – Revvin’ (ft. Dizzee Rascal) [2018]…signé sur l’excellent label High Focus Records, ce rappeur originaire de Londres revient avec un album fleuve (plus d’une vingtaine de titres), « Wizville », qui se montre bien plus varié que son premier essai à la saveur assez classique. Dans cet album où les producteurs se multiplient, les morceaux sont partagés entre des rythmes boom bap à la basse ronde fleurant bon les années 90, et des titres plus « dansants » inspirés de la drum n bass ou d’autres calqués sur le modèle de la trap la plus sombre. A côté d’invités prestigieux comme Dizzee Rascal ou Method Man (ainsi que d’illustres MC’s anglais : Jehst, Rodney P ou Roots Manuva), le flow polymorphe d’Ocean Wisdom se partage entre débit frénétique et diction plus posée dans un ensemble parfaitement maîtrisé à la qualité formelle indéniable…sans conteste un des meilleurs projets de 2018!

Ocean Wisdom (High Focus Records)

 

El Da Sensei – Mic Professionals [2017]


El Da Sensei – Mic Professionals [2017]…issu du duo Artifacts (éminent représentant du boom bap du New Jersey pendant les 90’s), El Da Sensei est certainement celui qui a su le mieux garder le cap en solo (son compère Tame One, malgré quelques sorties réussies, s’étant un peu perdu dans des projets médiocres)…pour preuve, cet album confectionné en partenariat avec le beatmaker belge Chillow, propose un boom bap sans concession reprenant les codes du genre (claviers étouffés à la Pete Rock, instrumentations économes, basses profondes et rythmiques martiales) magnifié par les scratches du toujours excellent DJ Grazzhoppa…dans un ensemble assez équilibré, entre arrangements lugubres ou plus solaires et sautillants, réalisé avec une certaine finesse et un savoir-faire indéniable, le flow sans fioritures de notre old timer fait merveille pour un album qui s’écoute sans lassitude…

http://www.chillowproductions.com/sensei.n.chillow

Jupiter AKA – Lu$t [2017]


Jupiter AKA – Lu$t (ft. Nolan The Ninja) [2017]…en se regroupant en une seule entité pour l’album « Great Red Spot », les beatmakers français issus du collectif Shinigame (Azaia, Kyo Itachi et Astronote) ont mis en commun leur savoir-faire en matière d’instrumentaux sans concession…réunissant une sélection de MC’s aux flows acérés : Ruste Juxx, Rock (de Heltah Skeltah), la Bankai Fam ou bien encore l’excellent rappeur de Detroit, Nolan The Ninja (dont tous les projets sont d’ailleurs hautement recommandables) ils démontrent qu’on peut pratiquer un rap exigeant musicalement sans pour autant abandonner une certaine finesse d’exécution…dans un ensemble baigné d’arrangements jazzy, de rythmiques rêches à l’ambiance sombre, rares sont les moments chaleureux, pour le plus grand plaisir des b-boys les plus avisés…

https://brainconnection1978.bandcamp.com/releases