Archives du mot-clé 2010’s

Ron Jon Bovi – We Get It Poppin’ [2016]


Ron Jon Bovi – We Get It Poppin’ (ft. Guilty Simpson) [2016]…éminents représentants de deux des pôles les plus importants du rap américain, Casual et Phat Kat, l’un issu du crew californien Hieroglyphics et l’autre, proche collaborateur de J-Dilla à Detroit, mettent aujourd’hui leur savoir-faire en commun…ainsi, sous la direction musicale et artistique du beatmaker Unjust, ils conçoivent un projet très réussi sous le nom improbable de Ron Jon Bovi…dans un disque au titre lui aussi étrange (« Neaux Mursi »), le duo varie entre deux ambiances propres à leur style de prédilection. Ainsi, certains titres (« WWYS », « Deja Vu »…) proposent une ambiance posée chère à une certaine scène d’Oakland tandis que d’autres (à l’image du titre présenté ici qui invite Guilty Simpson, comme un lien supplémentaire entre les deux MC’s en tant que natif de Détroit et signataire sur le pointu label californien Stone Throw) sont plus proches du son abrasif pratiqué dans la Motor City…la réussite de ce projet tient dans cet équilibre instable entre les deux facettes du duo, comme si une certaine schizophrénie musicale se laissait amadouer afin de nous plonger dans des sonorités certes peu faciles d’accès parfois mais équilibrées par de subtils détails sonores ne se laissant apprécier qu’au fil des écoutes…

Halfcut – Gone [2014]


Halfcut – Gone [2014]…troisième album (« From Dungeons to Rooftops ») en forme de compilations d’anciens titres et de freestyles pour ce MC canadien originaire de Calgary…dans un ensemble aux bases hip hop assez classiques ce rappeur au flow sans fioritures nous propose des sons rappelant d’une part les productions soyeuses de Pete Rock mais aussi celles de ses voisins de Seattle, faites de refrain chantonnés, comme dans ce titre à la douce mélancolie…

https://halfcut.bandcamp.com/album/from-dungeons-to-rooftops

Ruste Juxx – Universal Sean [2016]


Ruste Juxx – Universal Sean [2016]…deuxième projet collaboratif entre le MC de Brooklyn et l’excellent beatmaker français Kyo Itachi, l’album « Meteorite » propose une douzaine de morceaux où l’influence du rap des 90’s se fait fortement sentir…après un premier essai un brin monolithique (« Hardbodie Hip Hop » sorti en 2012), ce disque semble compiler toutes les tendances de cette époque pour en proposer une interprétation contemporaine…ainsi les titres oscillent entre des productions austères à la DJ Premier (« Water on Mars » avec sa mélodie rappelant les samples de Bob James utilisés par Primo ou ce « Cosmic Dust » et son carillon entêtant) et des compostions plus fouillées proches d’un certain rap indé du milieu des 90’s (« Constellation », « Astronaut »)…pour compléter cet ensemble aux rythmiques qui claquent, Kyo Itachi offre au flow acéré de son compère des prods plus classiques et mélancoliques comme dans ce titre hommage au regretté Sean Price, une des figures emblématiques du Brooklyn Hip Hop…encore un coup de maître pour Kyo Itachi et son label Shinigamie Records!

https://shinigamierecords.bandcamp.com/album/meteorite

Flegz – Sirènes Silencieuses [2016]


Flegz – Sirènes Silencieuses [2016]…sur le mini-album « La 12e Dimension », ce MC parisien adepte du rap des années 90 et de ritournelles jazzy, habille les compositions du beatmaker strasbourgeois Jingha-a de son clavier délicat…dans un ensemble rappelant à la fois le boom bap poisseux du Boot Camp Click et le son décharné du crew Time Bomb, Flegz promène sa diction heurtée pour nous livrer des textes lucides dans lesquels la lumière au bout du tunnel semble toujours à portée de main…comme si le flow offensif de Booba rencontrait la plume d’Oxmo, les textes font un bilan un brin désabusé de la vie d’un rappeur tiraillé entre l’hypocrisie ambiante, le soutien de ses proches et une volonté de ne pas corrompre son art …

https://flegz.bandcamp.com/

Children Of The Night – ILYAS [2012]


Children Of The Night – ILYAS [2012]…dans l’album « Queens…Revisited » le trio composé des MC’s Remy Banks, Nasty Nigel et Lansky Jones rend hommage à ce quartier new-yorkais qui a donné au hip hop certaines de ses oeuvres les plus appréciées, tout en se plaçant à la pointe de ce qui se fait de mieux ces dernières années dans la capitale US…à l’image de Joey Bada$$ et son crew, le disque propose des rythmiques appuyées très 90’s accompagnées d’arrangements planants rappelant le travail d’un J-Dilla…pourtant pas de compositions frisant l’ennui ici puisque le groupe est également influencé par les productions plus échevelées des  Flatbush Zombies (d’ailleurs présents en featuring sur l’album, de même que Roc Marciano)…ainsi dans le morceau présenté ici (produit par SKYWLKR, l’un des beatmakers de Danny Brown), c’est l’ambiance poisseuse des dancefloors de la Grosse Pomme qu’ils tentent de transcrire avec ce son hypnotique des plus modernes et cette vidéo partagée entre brumes alcoolisées et délires de fêtards…

https://childrenofthenight.bandcamp.com/album/queens-revisited

Purpose & Confidence – Unstoppable [2012]


Purpose & Confidence – Unstoppable [2012]…producteur attitré de son groupe Tragic Allies (déjà évoqué ici), Purpose laisse les manettes de l’album « Purpose of Confidence » au beatmaker Confidence pour se concentrer sur son rôle de rappeur…dans un style boom bap des plus classiques, rappelant les derniers albums de Gangstarr, mêlant beats énergiques, samples bien sentis de cuivres et de violons, l’harmonie entre MC et compositeur fonctionne ici à merveille…ce disque, partagé entre mélancolie et dynamisme et conçu pour faire bouger les têtes des b-boys les plus exigeants, ravira les amateurs de titres sans prétention et finement ouvragés…

http://www.tragicalliance.com/

Lil’ Fame & Termanology – Hustler’s Ringtone [2012]


Lil’ Fame & Termanology – Hustler’s Ringtone (ft. Bun B) [2012]…Lil’ Fame, éminent représentant de Brooklyn, NYC, s’échappe, le temps d’un album, de son groupe MOP et élargit son horizon musical…il se retrouve ainsi à partager le micro avec Termanology, MC au flow plus posé que son habituel compère Billy Danze (que l’on retrouve quand même sur un morceau) et ici avec le gangster texan Bun B (du groupe UGK)…en grande partie produit par ses soins (sous le pseudonyme de Fizzy Womack), l’album « Fizzyology » prend une teinte plus fine et moins braillarde que ses précédents opus en duo, probablement influencé par la présence aux manettes de Statik Selektah, Alchemist ou le partenaire de longue date, DJ Premier…autant de beau monde prouve que l’on a affaire à un old timer toujours à la pointe comme le démontre ce beat heurté aux intonations soul, marque de fabrique d’un certain classicisme hip hop remis au goût du jour…

Lord Lhus – Gravediggin [2015]


Lord Lhus – Gravediggin [2015]…ayant quitté à la fois son groupe Bloodline et sa Caroline du Sud natale, ce MC voyage à travers l’Europe au gré de ses collaborations avec les beatmakers les plus en vue du vieux continent…ainsi après avoir travaillé avec les allemands de Snowgoons et le français Al’ Tarba, Lord Lhus semble avoir choisi les Pays-Bas et les pays de l’Est (et à nouveau la France avec le collectif Le Gouffre) comme terrains d’expression pour son style brutal…le savoir-faire de ces scènes locales en matière d’horrorcore n’est plus à démontrer mais dans cet album (« Lord Hates Pretty ») les arrangements violon/piano souvent bien trop convenus et froids laissent place à des instrumentations plus discrètes…le MC au flow colérique s’y laisse alors aller à des réflexions politiques et des délires sanguinolents (à l’image de cette vidéo pleine d’hémoglobine à déconseiller aux âmes sensibles) tout à fait explicites, pour un résultat d’excellente facture…

Illa J – Universe [2015]


Illa J – Universe [2015]…après un premier album très réussi (« Yancey Boys » en 2008) où les prods étaient assurées, à titre posthume, par J-Dilla son regretté frangin, Illa J propose un deuxième album éponyme tout aussi inspiré… le duo venu de Montréal, les Potatohead People (Nick Wisdom & AstroLogical), produit entièrement ce disque relax où l’influence du plus connu de la famille Yancey reste encore très présente…ainsi les accords de piano rythmiques de « Cannonball » ou la basse pneumatique de « All Good pt 2 », « Never Left » et « Perfect Game » n’auraient sûrement pas été boudés par Dilla, notamment dans ses premières prods pour Slum Village…mais une autre influence semble se faire jour dans le travail d’Illa J, celle du toujours excellent Moka Only (Canadien extrêmement prolifique et compagnon de route des Swollen Members)…celui-ci, en featuring sur 4 des 11 titres de l’album, apporte son goût pour les beats aiguisés mais tout en finesse (« Who Got It »), les ambiances évanescentes (« She Burnt My Art ») et les sonorités étranges (« All I Need »)…pourtant, contrairement à son premier opus, Illa J élargit ici son horizon musical en s’éloignant quelque peu du rap le plus pur…en effet, il pose parfois son flow sans heurts sur des beats au feeling très électro 80’s (« Strippers », « French Kiss ») avec des arrangements vintage parfaitement agencés pour ensuite aller lorgner vers le funk le plus dansant (cet entraînant « Universe » aux sonorités très jacksoniennes) voire même du côté de la house music chère à sa patrie de Detroit qu’il amène vers une vibe lounge qui lui sied parfaitement (« Sunflower »)…en résumé Illa J livre un album tout à fait recommandable dans lequel il alterne avec une aisance déconcertante et sans démonstration excessive, scansion rap et ligne de chant soyeuses pour mieux entraîner l’auditeur dans un chaleureux tourbillon d’émotions et de sons hautement addictifs et délicats…une des grosses claques de cette fin d’année!

https://illa-j.bandcamp.com/album/illa-j

L’Or du Commun – Le Chill [2015]


L’Or du Commun – Le Chill [2015]…après un EP (« l’Origine ») encore un peu « juvénile » et bourré de samples déjà bien connus dans l’underground hip hop, ce quatuor bruxellois (Premier d’Classe, Loxley, Swing & Féléflingue) propose un premier album (« l’Odyssée ») où la vibe vintage des 90’s est bien mieux maîtrisée (ici sur un sample relax et funky de Bob James)…dans un boom bap à la fois jazzy et dynamique, les 4 MC’s remettent au goût du jour ces flows sautillants et polymorphes influencés par les premières sorties de La Cliqua ou de Sleo par exemple…avec des textes oscillant entre ego-trip, considérations sociales légères, récits du quotidien et rimes loufoques, le groupe montre que la Belgique n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de reprendre les codes de l’âge d’or du rap francophone des 90’s…(merci @k7pacoje pour la découverte)