TRACKLIST : (prod. T-Ray, *prod. Buckwild)
1- Drama (Mortal Kombat Fatality intro) (prod. Drew/Dr. Butcher)
2- C’mon Wit Da Git Down*
3- Wrong Side Of Da Tracks
4- Heavy Ammunition
5- Attack Of New Jerusalem (ft. Jay Burns Jaya)*
6- Notty Headed Nigguhz
7- Whayback
8- Flexi Wit Da Tech(nique)
9- Cummin’ Thru Ya Fukin’ Block (ft. Redman) (prod. Redman/Rockwilder)
10- Lower Da Boom
11- What Goes On ?*
12- Dynamite Soul
13- Whassup Now Muthafucka ?
Dans la première moitié des années 90, chaque semaine apportait une nouvelle pépite aux auditeurs, concoctée par les meilleurs producteurs du moment, dans laquelle les rappeurs cherchaient à s’imposer par leur musique plus que par le poids de leurs joaillerie. Bien représenter son quartier, son posse et une certaine idée du Hip Hop primait sur les impératifs commerciaux.
Dans ce « Between A Rock & A Hard Place », Tame One et El Da Sensei réunissent tous les ingrédients témoignant de cette période bénie. Le background Hip Hop irréprochable du duo, fait d’une jeunesse passée au sein du mouvement Graffiti (cf. leur logo « tagué » ou les photos de bombes de peintures rongées par la rouille illustrant le disque), de leur pratique du breakdance et de la présence live d’un DJ (Dr. Butcher ou DJ Rockraider, membre des X-Ecutioners), assurent au duo le soutien d’un label indépendant dont le directeur artistique n’est autre que Stretch Armstrong, DJ et animateur radio new-yorkais reconnu, qui les signa après un passage dans son émission. En outre, l’appui de Redman, cousin de Tame One, et de tout leur quartier de Newark (New Jersey), dans lequel ils sont déjà connus en tant que graffeurs, finit d’asseoir leur street credibility.
Avec ces artistes en prise directe avec chaque aspect du Hip Hop, pas étonnant que cet album respire les bas-fonds et l’authenticité ! Le groupe ne cherche pas ici le tube grand public mais plutôt une certaine cohérence. Dans cette optique, les Artifacts ont choisi de ne pas multiplier les invités ou les producteurs, à la différence d’autres projets où l’épaisseur d’un carnet d’adresses semble être considérée comme gage de qualité.
L’intro scratchée nous plonge d’entrée dans une ambiance oppressante avec son beat lourd parsemé de violons inquiétants et pose les fondations du son Artifacts : une basse omniprésente, des beats qui frappent fort et, utilisés à l’économie, des samples instrumentaux étouffés, comme sortis d’un tunnel de métro en pleine session Graffiti.
« Wrong Side of Da Tracks », petit succès underground de l’époque et probablement le meilleur titre de l’album reprend tous ces éléments à son compte avec un son rappelant les premières productions des Beatminerz pour le Boot Camp Click. Pesant et dépouillé, l’instru tourne autour de samples discrets de cuivres, de claviers et de guitares, agencés avec soin. Les MC’s y évoquent leur statut de graffeurs : mis au ban de la société à cause de leur art tout comme ils sont du mauvais côté de la rame de métro dont ils peignent l’extérieur (cf. le bruit caractéristique des bombes de peinture que l’on secoue, présent en fond sonore).
La même recette est alors déclinée sur la plupart des titres de l’album : « Heavy Ammunition » avec des scratches vocaux d’Erick Sermon (EPMD) et Pete Rock, « Attack of New Jerusalem », ode à leur quartier ainsi rebaptisé car il produirait un Hip Hop fidèle à l’esprit originel, ajoute une touche ragga à la panoplie du duo en invitant l’illustre inconnu Jay Burns Jaya, « Whayback » qui raconte les premiers émois Hip Hop du duo (les Kangol, Marley Marl, les blocks parties…) ou quand « Lower Da Boom » fait allégeance à la fée cannabis en nous emmenant dans un monde étrange et embrumé.
À l’image de ce dernier titre, le reste de l’album adopte un son plus relax : le lancinant « C’mon wit da git down », « Flexi With Da Tech(nique) » où le flow des deux MC’s fait merveille, « Cummin’ thru ya fuckin’ block » et son refrain entonné par Redman ou encore sur le très classique « Dynamite soul ».
En toute fin de disque « Whassup Now Muthafuka ? » reprend les ingrédients de la menaçante introduction mais en efface la basse, accentuant ainsi la pesanteur du beat en le dépouillant de ses atours harmoniques. Les Artifacts affirment ici leur assurance et l’affirme avec véhémence avant de se retirer dans l’underground.
Malgré certains titres moins mémorables ou un peu datés, la complémentarité entre le style freestyle de Tame One et un El Da Sensei, plus rigoureux dans ses phases, rend inaltérables des beats confectionnés par des artisans du genre : T-Ray, connu pour son travail avec MC Serch ou les Soul Assassins, et Buckwild du DITC. Cet album perpétue ainsi une façon de faire du rap pour ceux qui l’aiment sans compromission, l’enchaînement des titres 3, 4 et 5 en étant une parfaite illustration.
Le même credo présidera à l’élaboration du deuxième album du groupe. Sorti en 1997, « That’s Them », projet tout aussi ancré dans son temps et produit par Shawn J Period ou les Beatminerz, sera la dernière sortie des Artifacts, chacun des rappeurs creusant ensuite son propre chemin. Tame One poursuivra une carrière assez inégale avec quelques fulgurances, notamment en compagnie du producteur Parallel Thought, jusqu’ à son décès en 2022. El Da Sensei quant à lui conserve ce style orthodoxe lui permettant des collaborations avec de nombreux producteurs, américains comme européens.
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